CÔTÉ SANTÉ N°159 - Magazine - Page 105
Nos sales bêtes
儀甀el est l’animal le plus meurtrier de la
planète ? Le requin ? Le scorpion ? Non,
c’est le moustique-tigre. Ce serial killer
fait quand même un million de victimes
dans le monde ! Il est chez lui partout
en France ou presque. Mille cinq-centquatre-vingt-deux cas de chikungunya
ont été recensés en France entre le 1er
janvier et le 17 juin 2025, contre 34 cas
en 2024. Après l’épidémie 2005-2006 à
La Réunion, qui a fait 200 morts, celle
de 2025 a fait 45 morts. Deux autres
maladies lui sont a琀琀ribuées, la dengue
(plus de 1 100 cas de dengue depuis
2025) et le zika. Selon un rapport de
l’Anses, une épidémie causée par l’un
de ces virus pourrait arriver en France
dans les cinq prochaines années. Autres
昀氀éaux proches, les punaises de lit et les
tiques. Selon une étude Ipsos de 2022,
62 % des Français ont été confrontés aux
premières au cours des cinq dernières
années ! Leur traitement devient
une priorité sanitaire et économique.
Depuis une cinquantaine d’années, la
population européenne des secondes est
en augmentation. Avec elle, les maladies
dont celle de Lyme avec plus de
50 000 cas en France. 儀甀ant à la fourmi
de feu, arrivée en Corse et dans le sud
de la France, on ignore tout d’elle sauf
qu’elle détruit tout, qu’elle chasse les
gens de leur habitation et qu’il n’existe
aucun traitement à ce jour.
Un combat perdu ?
Non, mais un sacré dé昀椀 ! Seules
66 espèces exotiques envahissantes
sont inscrites sur la liste des espèces
préoccupantes par l’Union européenne
alors qu’on estime leur présence
entre 4 000 et 5 000 en Europe. « La
prise de conscience du problème par
les décideurs mais aussi par le public
est très insu昀케sante », souligne Franck
Courchamp, du laboratoire Écologie,
systématique et évolution ! « Le temps
d’adaptation administrative pour
encadrer la régulation n’est pas corrélé à
leur dynamique d’invasion sur le terrain.
Il faut donc faire évoluer la réponse
réglementaire à la gestion des espèces,
a昀椀n de pouvoir aussi bien anticiper leur
arrivée, détecter leur installation au plus
tôt mais aussi poser un socle qui perme琀琀e
une action rapide de régulation, le tout en
lien avec la réalité du terrain », écrivent
le docteur Romain Lasseur et Olivier
Vial (lire Je bouquine…). Autre frein,
celui de certains militants écologistes
qui préfèrent se ba琀琀re contre les outils
qui perme琀琀ent de réguler les espèces
invasives. C’est, par exemple, le conseil
parisien d’apprendre à vivre avec
les gentils surmulots… plutôt que de
ré昀氀échir à une meilleure gestion des
déchets. Le rat, capable de transme琀琀re
une cinquantaine de pathogènes !
Une mobilisation
générale
La santé publique est menacée.
Il est plus que temps de déclarer
o昀케ciellement, ouvertement,
globalement, la guerre aux nuisibles
et, en matière d’invasions biologiques,
les scienti昀椀ques le savent bien : mieux
vaut prévenir que guérir. Empêcher les
invasions ou intervenir tôt lorsqu’elles
surviennent est en e昀昀et bien plus
e昀케cace et moins coûteux que de
lu琀琀er contre une expansion devenue
inexorable. C’est la raison pour laquelle
une lu琀琀e e昀케cace contre ces espèces
envahissantes nécessite de maintenir
l’accès à des solutions techniquement
éprouvées et à la chimie. « Protéger la
santé publique et la biodiversité sont des
axes prioritaires et l’arsenal de solutions
disponibles doit être le plus large possible
a昀椀n d’éviter les usages orphelins »,
explique Olivier Vial. Et ajoute : « La
mobilisation générale, c’est l’implication
de tous. Elle se joue en amont mais aussi
sur les méthodes de lu琀琀e et défendre
sans honte les évaluations des biocides
et les AMM. » Une lu琀琀e collective
(municipalités, ARS, particuliers,
entreprises qui choisissent d’investir
dans le piégeage de leur site) permet
de renforcer un « bouclier » contre
l’invasion.
Actions !
« Éradiquer ? Ce n’est pas possible,
explique Cathia Mari, de la société
Rentokil, spécialisée dans la lu琀琀e
contre les nuisibles et l’hygiène. Il faut
qu’on revoie complètement notre façon
de vivre, que l’on soit particulier ou
collectivité. On doit mener une ré昀氀exion
qui intègre la présence d’un moustique.
Et que l’on adopte les bons gestes, que
l’on mène les bonnes actions pour éviter
que les espèces invasives se développent
encore plus. » Les résultats peuvent
être spectaculaires, à l’image de la
Nouvelle-Zélande, qui a réduit de 90 %
les introductions accidentelles en dix
ans grâce à une politique de biosécurité
ambitieuse… Il su昀케t parfois d’un peu de
courage… n
JE BOUQUINE…
• La Guerre contre les espèces
invasives aura-t-elle lieu ?,
du docteur Romain Lasseur
et d’Olivier Vial, Éditions du
Rocher, 19,90 €.
Un double regard, celui d’un
spécialiste européen des espèces
invasives, le docteur Romain Lasseur,
et d’Olivier Vial, directeur du CERU,
spécialiste des radicalités. Un livre
passionnant et effrayant, mais à lire
pour mieux se préparer…
Les sangliers en surpopulation causent des dégâts agricoles,
environnementaux et sécuritaires majeurs. En France, ils sont
responsables de 80 % des dégâts agricoles (maïs, blé, prairies), estimés
à plus de 30 millions d’euros par an, et provoquent près de
30 000 collisions routières annuellement.
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