CÔTÉ SANTÉ N°159 - Magazine - Page 37
L
’été est une période
paradoxale pour la
peau. Synonyme de
lumière, de chaleur
et de détente, il
correspond aussi
à une exposition
accrue aux rayons
ultraviolets. Ces UV jouent un rôle
central dans le vieillissement cutané,
mais aussi dans le développement
des cancers de la peau, dont le
mélanome, le plus agressif. Même s’il
reste relativement rare, son incidence
augmente régulièrement. « Le risque ne
dépend pas uniquement des expositions
intenses pendant les vacances, mais de
l’accumulation des
tout au long de
la vie », rappelle la docteure Claire
Monsarrat, dermatologue. La peau
garde une véritable mémoire solaire,
en particulier des coups de soleil
survenus dans l’enfance. L’été est
aussi le moment où l’on se découvre
davantage, rendant les grains de
beauté plus visibles.
Les grains de beauté,
ces inconnus familiers
Un grain de beauté, aussi
appelé nævus, correspond à
une concentration de cellules
pigmentaires appelées mélanocytes.
Il peut être présent dès la naissance
ou apparaître au cours de la vie, le
plus souvent avant l’âge de quarante
ans. Leur nombre, leur forme et leur
couleur varient considérablement
d’une personne à l’autre, sous
l’in昀氀uence de facteurs génétiques
mais aussi environnementaux. Dans
l’immense majorité des cas, les
grains de beauté sont bénins et le
resteront toute la vie. « eaucoup
de patients s’inqui tent à tort, alors
que leurs grains de beauté sont
parfaitement normaux, souligne
la docteure Claire Monsarrat. e
qui compte, ce n’est pas tant leur
nombre que leur évolution dans le
temps. » Certaines personnes doivent
toutefois se montrer plus a琀琀entives,
notamment celles à la peau claire,
qui brûlent facilement au soleil,
celles ayant subi des coups de soleil
répétés, en particulier pendant
l’enfance, ou encore celles présentant
des antécédents personnels ou
familiaux de cancer cutané.
4Apprendre à repérer un grain de beauté douteux
Pour aider à identifier un grain de beauté qui mérite un avis médical,
les dermatologues s’appuient sur la règle dite « ABCDE ». Elle permet de
repérer les principaux signes d’alerte. Un grain de beauté devient suspect
lorsqu’il est Asymétrique, lorsque ses Bords sont irréguliers ou mal définis,
lorsque sa Couleur n’est pas homogène ou associe plusieurs teintes,
lorsque son Diamètre dépasse environ six millimètres ou augmente, et
surtout lorsqu’il Évolue. « L’apparition d’une nouvelle tache doit intriguer,
voire inquiéter : en effet, les grains de beauté anciens dégénèrent
exceptionnellement. C’est pourquoi il faut avoir une bonne connaissance de
sa cartographie nævique, car une nouvelle tache sera remarquée d’autant
plus vite », précise la dermatologue Claire Monsarrat.
Observer sa peau,
un geste simple à adopter
La surveillance des grains de beauté
ne nécessite ni expertise médicale ni
matériel particulier. Il s’agit avant
tout de prendre un moment régulier
pour observer sa peau, idéalement
une fois par mois ou tous les deux
mois. Après la douche, dans une
pièce bien éclairée, on peut ainsi
parcourir l’ensemble de son corps et
se familiariser avec l’aspect habituel
de ses grains de beauté. « L’ob ectif
n’est pas de traquer la moindre
imperfection, mais de repérer ce qui
change, explique la docteure Claire
Monsarrat. n grain de beauté que
l’on conna t bien et qui se modi e
doit a琀琀irer l’a琀琀ention, tout comme
l’apparition d’un nouveau grain de
beauté à l’âge adulte. » Certaines
zones sont naturellement moins
visibles, comme le dos, le cuir chevelu
ou l’arrière des jambes, mais elles
ne doivent pas être oubliées. Les
mélanomes peuvent apparaître sur
toutes les parties du corps, y compris
celles peu exposées au soleil.
Quand faut-il s’inquiéter ?
Un grain de beauté suspect n’est
pas forcément douloureux ni
spectaculaire. Bien souvent, c’est
son évolution progressive qui
constitue le principal signal d’alerte.
Une modi昀椀cation de la taille, de la
couleur ou de la forme, l’apparition
de démangeaisons, d’une sensibilité
inhabituelle ou d’un saignement
spontané doivent inciter à demander
un avis médical. Les dermatologues
évoquent parfois le principe du
« vilain petit canard », ce grain de
beauté qui ne ressemble pas aux
autres et qui tranche par son aspect.
« Les patients ont souvent un tr s bon
ressenti », observe la docteure Claire
Monsarrat.
Consulter, un réflexe
rassurant
Consulter un dermatologue permet
le plus souvent d’être rassuré. La
majorité des consultations se limitent
à un examen clinique a琀琀entif de la
peau, parfois complété par l’utilisation
d’un dermatoscope, une loupe
spéci昀椀que perme琀琀ant d’analyser les
structures pigmentaires invisibles à
l’œil nu. Si un grain de beauté doit être
retiré, l’intervention est généralement
simple et réalisée sous anesthésie
locale. Le prélèvement est ensuite
analysé a昀椀n de con昀椀rmer sa nature.
« Lorsqu’un mélanome est détecté
à un stade précoce, le pronostic est
excellent », insiste la docteure Claire
Monsarrat.
Soleil : un allié
à apprivoiser
Surveiller ses grains de beauté ne
dispense pas d’adopter une protection
solaire rigoureuse. L’exposition
aux UV reste le principal facteur de
risque dans l’évolution des lésions
pigmentaires. Contrairement aux
idées reçues, un bronzage progressif
n’est pas un bronzage sans danger. Il
correspond avant tout à une réaction
de défense de la peau face à une
agression. « Il faut sortir de l’idée qu’un
hâle prot ge durablement, rappelle la
docteure Claire Monsarrat. haque
exposition laisse une trace dans la peau,
m me lorsqu’elle semble modérée. »
Adapter ses horaires d’exposition,
utiliser une protection solaire adaptée
et se couvrir restent des gestes
essentiels, été après été. n
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