CÔTÉ SANTÉ N°159 - Magazine - Page 41
4Faut-il systématiquement faire
baisser le cholestérol ?
Pour le docteur Michel de Lorgeril, se baser sur des valeurs
normales ou pathologiques du taux de cholestérol est une erreur :
on peut avoir un cholestérol total à 3 g/L et être en parfaite santé
cardiovasculaire et inversement avoir des valeurs normales et faire
un infarctus. Selon le cardiologue et chercheur au CNRS, auteur de
Cholestérol, mensonges et propagande, le cholestérol sanguin n’est
pas un bon marqueur de risque, ce qui compte, c’est l’inflammation
et la tendance à former des caillots (hypercoagulabilité). Pour
le médecin, trop faire baisser le cholestérol, surtout chez les
personnes âgées, les femmes, ou en prévention primaire représente
un danger. Des études montrent d’ailleurs une mortalité plus élevée
quand le cholestérol total descend en dessous de 1,6 à 2 g/L,
notamment chez les seniors. Seule exception très rare : les formes
homozygotes malignes d’hypercholestérolémie familiale (voir cidessous). En réalité, si on ne peut pas faire disparaître les plaques
d’athérome, on peut en revanche les stabiliser en adoptant un mode
de vie sain.
En fonction du profil cardiovasculaire
on a longtemps pensé que le HDL avait un e昀昀et protecteur.
En réalité, comme le souligne le docteur Marc Villaceque,
« au ourd’hui, pour ce DL, il n’y a plus à le considérer comme
bon ou mauvais cholestérol ».
Réaliser un bilan sanguin
« On sait désormais que le DL ne constitue pas un
déterminant ma eur du risque cardiovasculaire, sauf dans
des cas extr mes (lorsqu’il est trop haut ou trop bas, il peut
avoir un e昀昀et négati ), mais dans les valeurs classiques, le
DL cholestérol a un e昀昀et neutre, poursuit le spécialiste.
n revanche, le LDL et d’autres petites molécules, dont une
nouvelle qui s’appelle la lipoprotéine(a) (Lp(a)), sont agressives
et peuvent tre toxiques pour tous les vaisseaux (c ur, cerveau,
ambes, cou). » Comme le cholestérol n’est pas une maladie,
mais un facteur de risque, il ne provoque aucun symptôme
en lui-même, ce qui signi昀椀e que l’on peut avoir un taux très
élevé sans rien ressentir. Le seul moyen de dépister une
hypercholestérolémie, c’est-à-dire un excès de cholestérol
dans le sang, est donc de réaliser à jeun un bilan sanguin,
appelé bilan lipidique.
Ce test mesure le cholestérol total, le LDL, le HDL ainsi que
les triglycérides. Ces indicateurs sont essentiels, mais leur
interprétation reste assez di昀케cile et peut souvent prêter à
confusion. Tout d’abord, il n’y a pas, à proprement parler,
de norme pour le cholestérol, comme il y en a, par exemple,
pour doser l’hémoglobine ou le potassium. De surcro t, d’un
laboratoire à l’autre, les dosages peuvent sensiblement varier
(d’o l’intérêt de toujours fréquenter le même laboratoire)
et surtout, ce n’est pas un chi昀昀re isolé qui compte, mais
l’évaluation globale du risque par le médecin. Et s’il est
admis que le taux optimal est inférieur à 1, 0 g par litre pour
une personne sans risque particulier, le cardiologue nuance
« Le cholestérol s’interpr te tou ours en fonction des facteurs de
risque de la personne. e ce soit l’âge, le sexe, les antécédents
de maladies cardiovasculaires, le surpoids, un diab te »,
argumente le cardiologue.
Conséquences d’un taux élevé
« ne hypertension artérielle, une insu昀케sance rénale, le
tabagisme, sont autant de facteurs de risque qui ont une
toxicité et, comme leur e昀昀et est cumulatif, voire multiplicateur,
tout cela potentialise le risque cardiovasculaire », intervient
le docteur Villaceque. C’est pourquoi, contrairement à une
idée re ue, le cholestérol ne concerne pas uniquement les
hommes âgés en surpoids, mais peut toucher tout le monde.
4L’hypercholestérolémie familiale
L’hypercholestérolémie familiale est une maladie génétique qui se
caractérise par un taux très élevé de LDL dès le plus jeune âge et
expose à un risque cardiovasculaire précoce s’il n’est pas pris en
charge. Ce cholestérol héréditaire, largement sous-diagnostiqué
et sous-traité, toucherait une personne sur 250 en France. C’est
pourquoi un dépistage familial est recommandé lorsqu’un cas est
identifié. Mais il est à noter que l’hypercholestérolémie familiale ne se
transmet pas de façon automatique des parents aux enfants.
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