CÔTÉ SANTÉ N°161 - Flipbook - 89
Comment lutter contre les
nombreuses idées reçues
(et toxiques !) sur la minceur,
comment les reconnaître et
comment arrêter les efforts
inutiles qu’on veut nous imposer
afin de perdre du poids ou
de « manger parfaitement » ?
Réponses avec la diététicienne
Christy Harrison.
Anne-Laure Guiot
S
elon de nombreuses études, la quasi-totalité
des personnes qui ont suivi un régime
reprennent le poids perdu au cours des cinq
années suivantes, et souvent plus que ce
qu’elles ont perdu. La faute à notre culture
occidentale et à la croyance tenace qui associe
la minceur à la beauté et à la bonne santé. Un retour à
une alimentation intuitive, variée, équilibrée et adaptée à
vos besoins est la solution pour en 昀椀nir avec les régimes
qui vous mènent la vie dure. « ’ li en ion in ui ive e
le ode r d u de l’or ni e l’e ce ion de r re
l die con ni le ui euven l rer l’
i de
l’ u in i d l n i nce en uoi con i e l
i e co
en e ri er on e oin de nourri ure » note
Christy Harrison, diététicienne, conseillère en nutrition
À la poursuite du modèle
alimentaire parfait
« Je passais des heures chaque jour à penser à la nourriture,
à la préparer et à l’acheter en cherchant à ce qu’elle soit
aussi “saine” et “complète” que possible, puis à remettre
en question mes choix et à me perdre souvent dans des
recherches sur les prétendus méfaits et bienfaits des
différents ingrédients, explique Christy Harrison dans
son dernier ouvrage The Wellness Trap. Je croyais que
si je parvenais simplement à percer le mystère du “bien
manger”, je pourrais faire entrer mes maladies chroniques
en rémission et prévenir tous les problèmes de santé futurs
(et obtenir au passage le corps d’un mannequin de yoga
élancé, même si je ne disais pas cette partie à voix haute),
avoue l’auteure. L’idéal du wellness était inatteignable
et nuisait de fait à mon bien-être, et je le transmettais
involontairement, à travers beaucoup de prosélytisme sur
la nourriture locale, “complète”, “vraie”, à mes lecteurs.
C’était le début des années 2000, et la culture du wellness
était encore loin de la machine bien huilée qu’elle est
devenue à l’ère des réseaux sociaux, mais déjà son étau de
culpabilisation autour de la nourriture et du poids, déguisé
en idées progressistes sur la santé, était en place. Les gens
commençaient à réaliser que les régimes ne fonctionnent
pas, et l’industrie du régime essayait de s’adapter et de se
maintenir à flot. »
UN RÉGIME
qui ne dit pas son nom
« Ce n’est pas un régime, c’est un mode de vie. » Vous avez
probablement déjà entendu cette phrase de la bouche de nombreuses
personnes évoluant dans l’univers du bien-être. Au XXIe siècle, vous
avez forcément remarqué que le mot régime a été remplacé par des
concepts allant bien au-delà de la perte de poids et de la minceur,
pour investir les domaines du bien-être et de la santé. Mais, comme
le révèle Christy Harrison dans son dernier ouvrage, cette culture du
bien-être impose une conception de la santé qui est souvent à la
fois inatteignable et peut-être profondément nocive. « Qu’il s’agisse
de l’absence de contrôles de sécurité avant commercialisation
pour les compléments alimentaires et les plantes médicinales, des
affirmations infondées de nombreux influenceurs du bien-être et
praticiens de la médecine fonctionnelle, ou encore des algorithmes
des réseaux sociaux qui entraînent les utilisateurs dans des spirales
de fausses informations et de désinformation sur la santé, on
peut souvent avoir l’impression que personne ne veille réellement
sur nous face à une industrie mondiale du bien-être qui pèse
4 400 milliards de dollars », dénonce la spécialiste.
intuitive et auteure de An i r i e aux Éditions de
’ omme et, plus récemment, de l’ouvrage e ellne
r malheureusement pas encore traduit en français.
Un cerveau reptilien
«
d n l vie nou ion de
n eur in ui i reprend
la diététicienne, e il e o i le de renouer vec ce in inc
ou von le ouvoir de re rouver l i lici ui
r u i
u re oi no re r or l nourri ure de revenir ce e
riode o l
i e le l i ir ne con i u ien
de u e
de on e e o le en i en de i
i le i ne u’on
ouv i d ourner un e
no re en ion de l nourri ure
c n ue celle ci er i ou our l u e oin » C’est
notre cerveau reptilien qui est à l’origine de l’impulsion de
manger pour répondre à l’instinct de survie. Or, la culture
du régime induit un sentiment de privation, des pensées
et comportements restrictifs, sources d’excès, diabolise la
sensation de satiété et nous éloigne de notre con昀椀ance en
notre instinct. D’où la nécessité de s’en délester pour mieux
renouer avec notre alimentation innée.
Répondre aux signaux de faim
« i vou e
ez de r
rendre vou li en er de
ni re in ui ive vou devrez donc vou concen rer ur
le o en
rendre our r urer vo re cor e vo re
cerve u ur le i ue vou vez cc
une ond nce
de nourri ure ue vou ne le riverez lu
i e ue
vou vez l’ u ori ion incondi ionnelle de
n er ce ue
vou d irez u nd vou le d irez » précise la spécialiste.
remier ré exe : être a琀琀entive à vos signaux de faim et de
satiété, une fois passé le cap des privations et restrictions,
pour mieux rétablir le lien de con昀椀ance entre vous et votre
corps et ainsi mieux répondre à vos besoins. Di昀케culté
à prendre des décisions, perte de concentration, fatigue
ou manque d’énergie, sentiment d’irritation ou d’ennui,
renvois ou gaz, br lures d’estomac ou re ux acide « ou
le
e nu r d n l li e ui r c de euven
re de i n u de i cer in co
e l n u e le
u de e e l r n ir ion ouv n indi uer une i
e r e » explique Christy Harrison.
Côté Santé 89